En ce premier jour de novembre, nous célébrons une fête lumineuse : la Toussaint. Alors que les feuilles tombent, que les arbres se dénudent et que les journées deviennent visiblement plus courtes, l’Église nous invite à lever les yeux et à ouvrir nos cœurs à une immense joie.
C’est presque un paradoxe : le mois de novembre a souvent mauvaise réputation. On le trouve un peu triste, un peu gris. Le froid s’installe doucement, le brouillard s’invite au réveil, le ciel se charge de nuages sombres et la nuit tombe désormais bien trop tôt. Parfois, cette obscurité extérieure semble même gagner notre intérieur, ravivant nos fatigues, nos inquiétudes ou nos solitudes. Et pourtant, c’est exactement au moment où la nature semble s’éteindre que la foi nous propose de commencer par une explosion de lumière : la fête de tous les saints.
Commencer ce mois réputé sombre en fêtant la sainteté, c’est une formidable manière de tester notre joie de vivre et la force de notre espérance. C’est un rappel puissant que notre lumière ne dépend pas du soleil dans le ciel, mais de la présence de Dieu dans nos vies. La foi n’efface pas les nuages, mais elle nous donne la certitude que derrière le ciel le plus chargé, le soleil ne s’arrête jamais de briller.
Mais attention, la Toussaint n’est pas seulement la fête des saints que l’on voit dans les livres d’histoire, peints sur les vitraux des églises ou sculptés dans la pierre. C’est aussi, et surtout, la fête de la sainteté du quotidien. On s’imagine parfois que pour être saint, il faut accomplir des miracles, partir au bout du monde ou prier du matin au soir. Mais la vraie sainteté, celle à laquelle Jésus nous appelle, se vit dans le fil simple de nos journées ordinaires !
Être saint aujourd’hui, dans notre paroisse, dans nos quartiers et dans nos familles, c’est choisir d’aimer là où nous sommes. C’est cette maman ou ce papa qui prend le temps de réconforter son enfant malgré la fatigue de la journée. C’est ce voisin qui frappe à la porte d’une personne seule pour lui apporter un peu de chaleur ou partager un café. C’est cette personne âgée qui prie fidèlement dans l’ombre pour ceux qu’elle aime. C’est un sourire offert dans la rue, un mot d’encouragement donné à un collègue, un pardon accordé sans attendre en retour.
En ce mois de novembre, la nuit gagne du terrain au sens propre, mais parfois aussi au sens figuré, à travers les difficultés du monde, les épreuves économiques ou les soucis de santé. C’est précisément là que réside notre mission de chrétiens : la Toussaint est une invitation chaleureuse à devenir, chacun à notre mesure, de petits points de lumière pour nos frères et sœurs enveloppés par l’obscurité. Une toute petite bougie ne fait pas disparaître la nuit, mais elle suffit à éclairer un visage, à rassurer celui qui a peur et à guider ses pas.
Ne laissons pas le calendrier ou la météo dicter l’état de notre cœur. Puisons dans notre foi, dans la prière et dans les sacrements cette joie profonde qui ne passe pas. En ce jour de fête, demandons au Seigneur la grâce d’être des témoins d’espérance. Que chacun d’entre nous, par des gestes très simples de bonté, de patience et de tendresse, devienne une petite étincelle de la lumière de Dieu pour éclairer le monde autour de nous.
Bonne et lumineuse fête de la Toussaint à toutes et à tous !
Frédéric Cailler+
