Paroisse Sainte Marie de Doulon

17 mai : De quoi sera fait demain ?

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« De quoi sera fait demain ? » Il sera fait de ce que nous oserons inventer ensemble, comme citoyen et avec les autres citoyens. Pour notre part, ce sera avec cette espérance que Dieu suscite en nous au cœur même du malheur qui nous atteint, nous et bien plus encore les gens qui habitent le Tiers-Monde. Comment bâtir ce demain, puisque nous sommes beaucoup à proclamer : rien ne sera comme avant ?

Oui, demain, comment vivre ensemble ? Et sans se payer de mots, où trouver l’espérance ? Véronique Margron témoigne ces jours-ci (“Une joie douloureuse”), marquée elle-même par le décès de sœurs de sa congrégation :

« L’espérance ressemble aux femmes de l’Évangile qui se lèvent… alors que tout est perdu. Cela paraît dérisoire : le tombeau est fermé, il est gardé, et elles apportent des aromates ! L’espérance de ces femmes trouve peut-être sa force au lieu même du drame : c’est parce qu’elles ont assisté à la mort de Jésus, parce qu’elles étaient là, pas loin quand on l’a mis au tombeau, parce qu’elles ont été au plus près de sa mort sans s’y laisser enfermer, qu’elles se lèvent en cette nuit toujours noire. Leur courage, leur audace, elles les ont puisés dans le désespoir d’avoir perdu celui qu’elles aimaient. Aujourd’hui, nous vivons quelque chose de cet ordre-là, dans cette confrontation si difficile avec la mort, que l’on ne peut pas éviter. Et croire en la providence, c’est croire en un Dieu bienfaisant, pas en un Dieu qui fait à notre place, mais en un Dieu qui nous veut du bien. Un Dieu qui prend avec lui notre histoire, quels que soient nos chemins. » Oui, nous croyons en un Dieu qui nous accompagne pour bâtir notre propre histoire.

Dans le livre des Actes des Apôtres (premier texte de ce jour), on voit dans la première communauté à Jérusalem une forme assez radicale : la mise en commun des biens : « Parmi eux, nul n’était dans le besoin, car tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de la vente et le déposaient aux pieds des apôtres » (Ac 4, 34). C’était l’idéal : même si cela n’a pas marché complètement et que certains ont triché (Ac 5), cela restait - et devrait rester pour nous - une exigence. Quand la Bible parlait du souci des personnes en précarité, elle avait l’habitude de parler de « la veuve, de l’orphelin et de l’étranger ». Dans cette première Église, un problème nouveau surgit : le service des tables n’est pas suffisant (c’est le 1er texte de ce dimanche). La communauté de Jérusalem est diversifiée et les veuves de langue grecque sont désavantagées par rapport aux autres de langue juive, elles n’ont pas leur compte ! Alors on invente ce ministère du diaconat, du service, de la solidarité... On dit que c’est pour que ne soit pas délaissé le ministère de la Parole. Mais on voit les diacres assurer aussi ce ministère de la Parole - tels Étienne et Philippe (Ac 6 et 8, 26...) : rien ne se passe comme prévu... Tant mieux ! Ces deux tables sont essentielles : la table pour que tous aient à manger à leur faim et la Parole à partager ! Ces deux tables se nouent dans la table de l’eucharistie. Aujourd’hui, des gens demandent du pain et nous devons leur assurer ensemble ; mais tous demandent du sens à leur vie ; ils demandent ce qui va inspirer et soutenir ces actes radicalement nouveaux à poser.

Les ministères (services) se sont cherchés dans l’Église depuis le 1er siècle (avec bien des périodes de ‘glaciation’) et ils ont à se chercher encore aujourd’hui pour les besoins essentiels des gens et les besoins de l’Église à la fois dispersée et rassemblée. C’est ce que le synode d’Amazonie a commencé... Notre Église saura-t-elle le faire aujourd’hui en France pour que les besoins des gens et de nos communautés soient pourvus ? C’est de cela que les chrétiens peuvent témoigner au milieu de la société : que, dans les décisions politiques et économiques, les besoins de tous soient premiers à commencer par les plus précaires. C’est Edgar Morin qui écrivait récemment : « Les pratiques solidaires innombrables et dispersées d’avant épidémie s’en trouveront-elles amplifiées ? Les dé-confinés reprendront-ils le cycle chronométré, accéléré, égoïste, consumériste ? Ou bien y aura-t-il un nouvel essor de vie conviviale et aimante vers une civilisation où se déploie la poésie de la vie, où le ‘je ‘ s’épanouit dans un ‘nous’ ? » Que la vie de la première Église nous aide à inventer : « parmi eux, nul n’était dans le besoin. » Dieu nous veut du bien, mais il ne fera rien à notre place.


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